Après plusieurs semaines d’un assourdissant buzz autour de Nabilla, une énième bimbo de télé-réalité ayant gloussé un « allô non mais allô quoi
[t’es une fille t’as pas de shampoing… (etc, etc)]« , voila que l’expression est maintenant déposée comme marque, évidemment pour se faire mousser. Essayons donc de démêler le vrai du faux.

Après plusieurs semaines d’un assourdissant buzz autour de Nabilla, une énième bimbo de télé-réalité ayant gloussé un "allô non mais allô quoi [t'es une fille t'as pas de shampoing... (etc, etc)]", voila que l'expression est maintenant déposée comme marque.Que notre lecteur se rassure, il ne sera pas question ici de gloser sur l’intérêt de la pensée de Nabilla mais de comprendre comment une telle marque pourrait prospérer (ou pas).

La réaction épidermique, sur les forums, a été en substance de s’exclamer : « non mais allô quoi, comment peut-on être propriétaire de cette saillie débile ? ».

C’est mal comprendre ce qu’est une marque.

Une marque ne vise pas à récompenser la créativité : c’est le ressort du droit d’auteur.

Une marque ne vise pas non plus à récompenser l’inventivité : c’est le ressort du brevet.

Une marque ne vise pas enfin à récompenser le mérite d’un texte: c’est le ressort du Prix Goncourt…

En conséquence, le fait que les termes « allô non mais allô quoi » soient d’une grande banalité et n’aient pas permis l’invention du fil à couper l’eau chaude, n’empêche pas théoriquement l’expression d’être protégée comme marque.

Une marque est simplement un signe (mot, série de mots existants ou non, logo, dessin…) qui permet de distinguer les produits ou services de son titulaire des produits ou services de ses concurrents.

Pour ce faire, elle doit être « distinctive », c’est-à-dire schématiquement que le public doit pouvoir l’identifier comme étant une marque spécifique, et non pas la simple description du produit ou service ou encore un argument de vente.

C’est ainsi que la marque « Boulanger », par exemple, dont le signe est un mot courant, est valable pour l’électroménager car le public sait que cela se réfère à une entreprise donnée. En revanche, ce signe ne serait pas valable seul pour désigner des produits de boulangerie.

En conséquence, une marque n’existe qu’en relation avec une liste précise de produits ou de services.

Mais revenons à Nabilla. En réalité, plusieurs dépôts ont été effectués avec diverses variantes et au nom de la maison de production de l’émission « les anges de la télé-réalité », aka « la grosse équipe ».

Contrairement à ce que certains craignent, ces dépôts ne vont pas permettre à Nabilla et au producteur de réclamer des sous dès que quelqu’un prononcera « non », « mais », « allô » ou « quoi » à la télévision, ou sous sa douche si c’est une fille et qu’elle n’a plus de shampoing.

Tout au plus pourront-ils, uniquement pour les produits et services désignés dans les dépôts, poursuivre ceux qui feraient usage de l’expression protégée dans le but de générer un risque de confusion, et à condition de remplir les critères dégagés par les Tribunaux.

Et encore faut-il que la marque soit enregistrée, car pour le moment il n’a été procédé qu’à des dépôts, c’est-à-dire à des demandes auprès de l’INPI, dont les fourches caudines sont une menace relative, mais tout de même.

En particulier, un tiers qui aurait déposé une marque antérieure identique ou seulement similaire pour des produits ou services identiques ou similaires pourrait venir chatouiller ce dépôt et faire opposition à son enregistrement définitif en tant que marque, lançant ainsi une procédure administrative et éventuellement judiciaire sur cette épineuse question.

Nabilla n’est que l’arbre qui cache la forêt : de nos jours, dès qu’un petit bout d’espoir de notoriété est déterré, on dépose une marque.

La « grosse équipe » a ainsi déposé plusieurs autres marques dont l’intérêt est tout à fait saisissant et qui promettent (peut-être) de belles heures de télévision : « allo Nabilla : la vraie vie de la famille Benattia », « Nabilla cherche l’Amour » et autres « Poker chez la voisine ».

La palme revient toutefois à son dépôt de l’expression « on ne sais pas encore » (oui, oui avec un « s ») comme marque, un projet qui n’est pas encore totalement défini apparemment, mais dont on suggère qu’il puisse porter sur une émission culturelle pour les anciens de la télé-réalité.